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Interviews avec Elie Cohen, Détective Privé

Écrit par David Vives, Epoch Times
13.02.2013

 

Les ficelles du métier, Elie Cohen les connaît bien. Détective depuis vingt ans, son histoire n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Son nom, pseudonyme d’un ancien agent du Mossad exécuté en Syrie en 1965, a été à l’origine d’une histoire – relatée dansEspion à tout prix – digne d’un roman d’espionnage. Toujours en activité, il reçoit Epoch Times dans son bureau dans le 1er arrondissement, et nous explique sa marque de fabrique dans un métier à rebondissement, encore mal connu du grand public.

 

Comment êtes-vous devenu détective ?

Elie Cohen : J’ai commencé mon métier par un concours de circonstances. J’étais comptable, et sur une occasion d’une traite impayée, mon patron a eu recours à moi. Il pensait faire appel à ma carrure, mais mon idée n’était pas de recourir à la force. J’ai pu récupérer une partie de l’argent. À la suite de cet événement, mon patron a dit sentir en moi une âme de détective privé. Il a voulu investir de l’argent pour me lancer. J’étais d’accord, et je suis parti sans aucune base.

C’était en 1989. Deux ans plus tard, j’ai commencé à chercher des locaux, fait une étude de marché, puis je me suis installé.

 

Quel type de client recevez-vous?

Elie Cohen : Il vaut mieux ne pas partir sur l’idée qu’on ne fait qu’une seule chose. On ne pourrait pas vivre d’une seule spécialité – comme la concurrence déloyale. Il y a des particuliers qui viennent pour des affaires d’adultères, de garde d’enfants, de pensions alimentaires, d’abandon de famille, etc. Ce sont les affaires que l’on pourrait appeler «régulières».  Je travaille aussi avec les entreprises, au sujet de vols au sein de l’entreprise, d’affaires déloyales, de contrefaçons, pour des vols de brevets, de détournement de clientèle,… J’ai aussi la visite d’avocats travaillant pour ces entreprises.

 

Dans votre ouvrage, vous parlez de «ligne jaune». Par exemple, vous avez refusé une valise de billets, au nom du suivi de certaines règles. Avez vous une éthique personnelle ?

Elie Cohen : Mon code de vie se rapporte à l’expérience. Dans n’importe quel métier, si vous êtes sérieux, vous aurez des clients et votre société pourra durer. Les gens qui ne pensent qu’à l’argent n’y arriveront pas sur le long terme. Je me suis engagé à respecter le client, et à faire en sorte de lui apporter ce qu’il voudra, dans la limite de la légalité. Si on me demande d’écouter aux portes ou les téléphones, c’est illégal. Il faut savoir que le rapport que nous allons faire va servir à la défense de l’intérêt de mon client. S’il y a dans ce rapport quelque chose qui n’est pas correct par rapport à la loi, mon client perdra. Donc je dois rester dans les clous pour que tout se passe bien, pour le profit de mon client.

 

Quelles sont les relations entre vous et l’avocat ?

Initia (stagiaire) : Un enquêteur et un avocat doivent pouvoir communiquer librement, il n’y a pas de secret professionnel entre eux. Ces métiers sont vraiment complémentaires.

Elie Cohen : L’avocat a besoin des preuves fournies par le détective. Nous sommes sollicités parfois dans les enquêtes ou contre enquêtes pénales. Par exemple, dans le contexte d’une instruction en cours auprès des services des polices ou des juges, une cliente est venue me voir. Elle cherchait à démontrer qu’elle n’avait pas pu être à l’endroit où on l’accusait d’être à une période déterminée. Elle avait été condamnée à quinze ans de réclusion criminelle. Elle s’est battue pendant un an et demi en prison. À sa sortie, elle a cherché à clamer son innocence. Elle a fait appel à mes services. Nous avons réussi à apporter cette preuve: cela a suffit à l’avocat pour déclarer un vice de procédure dans le dossier, et ainsi, elle a été relaxée. Les quinze années de condamnation ont été annulées.

 

Refusez-vous des affaires ?

Elie Cohen : Oui, ça arrive. Faire des écoutes, c’est illégal. Quand on vient me voir avec une mallette, je vous assure que ce n’est pas tentant, je n’ai pas à y réfléchir deux fois. Selon les cas, je refuse. Dans une affaire, une personne voulait que je suive son amant. Ensuite, elle a voulu que je suive son mari, puis, m’a redemandé de suivre son amant. Au bout de quelques années, elle est revenue me voir car elle voulait trouver une personne pour tuer son mari. Evidemment j’ai refusé!

 

Vous refusez par instinct ?

Elie Cohen : Oui. Dans mon histoire [du livre Espion à tout prix], on a voulu que je suive un homme politique. Techniquement, on a le droit de suivre quelqu’un, mais suivre un homme politique je ne le ferai pas. Par exemple, dans l’affaire d’Olivier Besancenot: des personnes – que je ne connais pas – ont suivi sa femme, ont voulu savoir ce qu’ils faisaient, etc. Quand les journalistes l’ont su, ils ont fait une grosse affaire là-dessus, en s’en prenant aux enquêteurs. Pourtant, il faut savoir que ce métier est très encadré et répond à des règles strictes. On passe par des formations, on obtient des diplômes. Cela nous protège également, car à une époque, on pouvait voir des annonces du type «je veux bien suivre votre femme pour 100 euros/jour». C’était illégal. Il y a aussi la question du respect…

 

Quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon détective ?

Initia : La curiosité. En France, c’est un vilain défaut. Chez le détective, c’est la meilleure des qualités. Etre polyvalent, avoir envie de savoir, il faut s’adapter aux situations. On ne peut pas se spécialiser, il faut savoir se renouveler, être créatif, persévérant et patient: les filatures peuvent durer longtemps. Il faut rester alerte! Il faut savoir communiquer. Savoir jouer un peu la comédie… l’enquêteur privé peut se faire passer pour quelqu’un.

Elie Cohen : Mais  on ne peut pas usurper le titre d’une fonction.  Il faut aussi être discret et savoir se fondre dans la foule, être observateur. Je suis  grand, on me voit partout, mais on ne me repère pas. C’est plus dans l’attitude que par le physique. On se fond dans l’environnement.

Par exemple, je peux récupérer beaucoup d’informations par les concierges, les gardiens d’hôtels. En parlant un peu… « J’aimerais acheter l’appartement du troisième étage». «Non, au quatrième il y a des gens qui font du bruit, au cinquième, les voisins ont des enfants… » Je sais tout, sans rien demander. Je conseille aussi de prendre des cours de théâtre chez Cocher. (rires)

 

Y a-t-il des risques ?

Elie Cohen : Si vous êtes honnête et sérieux dans votre travail, il y a peu de risques. Dans une affaire, il a fallu retrouver de l’argent volé. Pour cela, nous devions creuser dans un jardin, car nous savions que l’argent s’y trouvait. Entre parenthèse, ce n’était pas tout à fait légal, mais l’essentiel était de le retrouver… On savait que c’était là, donc nous devions agir. La maison se trouvait en bordure de voie ferrée, il fallait passer un mur depuis la voie ferrée car de l’autre côté se trouvait l’entrée, surveillée par des chiens. Il fallait donc agir à 3 heures du matin, quand tout le monde dormait, sans lumière. On a réussi car on a trouvé une petite butte de terre en évidence. La chance nous a souri dans de telles conditions: on a trouvé 10 millions de francs dans un sac. Les personnes ont dû comprendre, le matin, mais ils n’ont rien pu faire, car c’était de l’argent qu’ils avaient volé.

Le risque est calculé. On ne prend pas de risques inutiles. Je ne plongerai pas dans la Seine pour aller plus vite. Dans une filature de moto, je connais des professionnels, qui pour éviter de se faire repérer, pourraient rouler sur le trottoir. Je ne prendrai pas ce risque, il faut savoir calculer dans une juste mesure.

 

La liberté d’un détective est-elle liée à la situation de son pays ? Quelle est la relation entre les deux ?

Elie Cohen : On ne peut pas faire ce métier sans suivre les règles propres à la législation française. En Suisse ou en Espagne, il y a d’autres règles. En Espagne, ils ont plus d’autonomie, de capacité d’agir, leur fonction ressemble à celles des officiers de police, comme aux États-Unis: ils peuvent entrer dans un commissariat pour y consulter des dossiers. Nous, n’ayant pas le droit de faire certaines choses, nous n’avons aucun accès. Ici, vous pouvez courir. On est considéré comme un citoyen lambda. On a l’obligation de se comporter comme un citoyen, d’être même plus honnête que les autres. Si je vois quelqu’un se faire agresser, généralement, j’interviens.

Si je vois une mamie se faire arracher son sac, je cours derrière le voleur. J’agis en tant que citoyen. En cas de braquage, si quelqu’un se mettait à tirer partout, je ferais comme les autres, je me planquerais (rires).

En écrivant ce livre, cela m’a soulagé d’un poids, car cela m’avait fait beaucoup de mal à l’époque. Quand je l’ai écrit, je voulais pouvoir en faire un film.

 

Les événements du livre ont lieu en 1999. Il est sorti en 2005. Cela vous a fait mal ?

Elie Cohen : En 2002, j’étais encore en plein dedans. J’ai été blanchi en 2002, mais l’histoire avait commencé en 1999. Ecrire était quelque chose de nouveau, cela m’a pris du temps. Après avoir fini mes premières épreuves, je les ai données à ma femme, qui m’a dit: «Vas-y, c’est bon». Cela m’a encouragé, j’ai décidé de la suite. Entre 1999 et 2002, j’ai été très affecté. Quand j’entendais des sirènes de police, je pensais qu’elles venaient pour moi.

Je suis tombé sur des gens qui ne me respectaient pas, qui voulaient me faire tomber. Ils touchaient mon intégrité, ont voulu me faire passer pour un salaud… c’est ça que je n’ai pas supporté: je ne suis pas un salaud! (rires)

 

Les gens de pouvoir…

Elie Cohen : Les gens de pouvoir, un jour ou l’autre, se font prendre. On en voit des exemples dans l’actualité. Tous ceux qui sont dans le pouvoir, qui se disent qu’ils peuvent faire quelque chose. Clearstream… Quand on a le pouvoir, on peut effectivement faire ces choses là. Quand on n’a plus le pouvoir, on paye! Pour ma part, Je ne suis pas assez intelligent pour ça!

Je n’ai pas ce pouvoir dans mon métier, je n’ai aucun pouvoir! Je fais juste mon travail. En ce moment, ce qui se passe en Syrie: c’est bien le pouvoir personnel des dirigeants qui leur permet de se maintenir. Si tout le monde le lâche, il pourra être tué. Dans l’histoire, ces exemples sont nombreux.

 

La dédicace de votre livre est «Etre libre et de bonnes mœurs dans un pays libre».

Elie Cohen : C’est une maxime qui me touche beaucoup. J’appartiens à une association humaniste, et j’ai voulu lui faire un clin d’œil. Je n’en parle pas ouvertement, cela montre aux gens que nous sommes dans un pays démocratique, on peut donc faire ce que l’on a à faire tout en respectant les coutumes et la tradition de ce pays.

 

Y a-t-il des gens qui ont une connaissance incorrecte sur votre profession ? Quel genre de concept ne comprennent-ils pas ?

Elie Cohen : Nous, les détectives, pouvons aider les autres. C’est un métier à part entière, ce n’est pas juste quelqu’un qui va fouiller dans les poubelles. Les informations récupérées peuvent servir: c’est cela qui sert aux clients.

Initia : Pour se démarquer de cette image de simple voyeur, rappelons qu’au début, la profession consistait à protéger les commerçants qui se faisaient voler, aller à la recherche de leurs débiteurs, il y avait une vraie légitimité. Le détective protège les intérêts des personnes.

 

Cela fait plus de vingt ans que vous exercez ?

Elie Cohen : Bien sûr, je pense à la retraite! Beaucoup de confrères, âgés, sont morts derrière leur bureau. Je profiterai de mes petits enfants, si j’en ai un jour! Mais J’aime travailler.

J’ai des passions. Le golf, les femmes, ah non pardon (rires)! Je me lève chaque jour avec plaisir.

 

Comment devient-on détective ?

Initia : Je suis en fac de droit à Assas. Il n’y a que trois formations en France. C’est un métier peu répandu, la formation se fait en deux ans. Le nom de la formation est DU enquêteur privé, licence professionnelle, sécurité des biens et des personnes, options enquêtes privés, ce qui donne le titre pour avoir l’agrément.

 

Propos recueillis par Lucie Deng

Epoch Times est publié en 21 langues et dans 36 pays.

 

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J’ai testé … Détective Privé par Caroline ROCHET

Quand j’étais petite, je lisais Agatha Christie, j’étais amoureuse de Magnum, et je rêvais d’être Kelly Garrett, la brune incendiaire des “Drôles de Dames”. Aujourd’hui, j’ai décidé de me frotter à la réalité et de devenir détective privée. Enfin, presque.
Par Caroline Rochet

Que ceux qui n’ont jamais fantasmé sur ce métier lèvent le doigt (… ne faites pas semblant, on ne vous croira pas). Star des romans comme du cinéma, vecteur d’un univers mystérieux et aventurier, porté par des figures légendaires, tour à tour sombre, comique ou séducteur, le détective privé fait tout autant partie de notre imaginaire qu’un Dark Vador ou une Fée Clochette. Pourtant, contrairement à eux, il existe pour de vrai. Entre 1500 et 2000 “enquêteurs de droit privé” – leur appellation officielle – travaillent aujourd’hui en France, engagés par des gens comme vous et moi. Pourquoi ? Comment ? Qui sont-ils vraiment ? Quelles sont leurs missions ? Qui sont leurs clients ? Le temps d’une semaine, j’ai joué les apprenties détectives et suivi certains d’entre eux sur le terrain. Où j’ai appris, entre deux filatures et loin des idées reçues, cinq leçons fondamentales sur le milieu des “privés”. Je vous raconte.

 

Leçon N°1 : Le privé évite les clichés

Dès mon arrivée à l’agence Aumaction, je comprends que mes vieux fantasmes vont en prendre un coup. Au premier étage de cet immeuble parisien, point de secrétaire sexy dans une sombre antichambre, aucun moustachu ténébreux fumant le cigare, ni de Colt traînant à côté d’une bouteille de whisky. L’agence ressemble plutôt à un cabinet de psy, avec parquet, rideaux pourpres et musique classique. De quoi détrôner le mythe, mais aussi me rendre un peu timide. Elie Cohen, le maître des lieux, me présente son équipe, qui prouve que les détectives du XXIème siècle ne correspondent à aucun profil précis : si lui-même est un ex-comptable reconverti dans le métier depuis 20 ans, Philippe, enquêteur indépendant qui travaille parfois avec lui, est un ancien militaire de 35 ans, Julie, une stagiaire de 25 ans issue de l’Université Paris 2, et Anthony,26 ans, est enquêteur depuis deux ans. Hommes, femmes, débutants ou confirmés, les « privés » d’aujourd’hui ont en guise de points communs la passion d’un métier pas comme les autres, une bonne condition de moralité (vérifiée par la police), de grandes connaissances en juridictions, une formation professionnelle, une certaine addiction à l’adrénaline, et un cerveau suffisamment curieux, tenace et objectif pour tenir les enquêtes. Leurs différences m’intéressent. Pour le patron, elles sont une force : “Les stagiaires ? Ils m’instruisent autant que je les forme, sourit Elie Cohen. Ils sont toujours au courant des derniers changements de lois, et semblent être nés avec Internet et Facebook !”. Et les femmes, elles se font pas trop chambrer dans le métier ? “Ca va, répond Julie. Dans ma promo, il y a autant de filles que de garçons ! Mais c’est sûr, dans certaines situations, il vaut mieux avoir un mec avec soi, ça peut être dangereux.” Dangereux ? Confortablement installée dans ce bureau cosy, j’ai totalement oublié mes envies de missions mouvementées à la Mike Hammer. Ca tombe bien, le téléphone sonne. Le boulot commence.

Leçon N°2 : Le privé ne fait pas que les adultères

Dans ce métier, tout commence par un coup de fil. Suivi, généralement, d’un entretien. Pendant la journée, nous recevons les appels d’une jeune femme recherchant son père (parti à la naissance), d’un employé licencié voulant coincer son patron, d’un homme ayant perdu la trace d’un amour de jeunesse, d’un père inquiet des fréquentations de son fils, et d’une femme persuadée que son mari a installée sa maîtresse dans un appartement aux frais du couple … Ah, nous y voilà, les histoires de tromperie ! Je frétille : c’est comme dans les films ? On va filer l’infect infidèle ? On prendra des photos ? C’est donc vrai, il y en a beaucoup des cas comme celui-là ? Les détectives sont tous d’accord : oui, les cas d’adultères sont fréquents, un peu glauques, et pas des plus passionnants. Et malgré la loi de 2006 sur le divorce par consentement mutuel (sans nécessité de “faute” ni donc de preuve), ils restent une bonne part du boulot. Les demandes, généralement, viennent plutôt des femmes. Souvent, le fruit des enquêtes tombent comme une confirmation suite à des mois de doute, le détective privé apparaissant comme un dernier recours pour en avoir le coeur net. Et les autres missions récurrentes ? Escroqueries au sein d’une famille, observation d’enfants en garde alternée, recherches d’héritiers, surveillance d’adolescents, enquêtes de moralité sur un futur gendre, vérifications de CV … Alors que je prends frénétiquement des notes, toute l’équipe se réunit pour un brief sur un cas de personne disparue. Décidé à me faire participer malgré mon inexpérience, mon nouveau boss me demande comment je commencerais à enquêter. En bonne journaliste high tech, je réponds immédiatement : “Heu, Google et Facebook … ?”. Elémentaire, mon cher Watson ! Je reçois mon premier bon point.

Leçon N°3 : Le privé est un geek

Car ici, c’est un peu comme dans une rédaction : les premiers pas d’une enquête se font généralement sur la toile. Anthony, le spécialiste web de l’agence, confirme : “Google, c’est la base. C’est une aide solide avant de partir sur le terrain. Les mails, aussi, permettent d’aller plus vite que le téléphone. Quant à Facebook, même si beaucoup de gens ne font pas assez attention à leurs paramètres de confidentialité, ce n’est pas une science exacte ! On recoupe des infos avec Viadeo, d’autres réseaux … Mais prudence, les gens enjolivent souvent les choses, tout n’est pas fiable.” Pagesjaunes.fr pour les coordonnées, Infogreffe.fr pour les entreprises, archives de presse … Le web regorge d’informations utiles et accessibles. Parfois, les détectives privés peuvent même obtenir des réponses en envoyant un mail sous un faux nom ou via un faux profil Facebook. Et ce, précisent-ils, toujours légalement – ici, “contrairement à d’autres”, on ne pirate pas. Dommage, j’aurais adoré apprendre quelques trucs de hacking, ou poser une balise GPS sous une voiture (tout aussi illégal). Soudain, j’avise sur le bureau une machine d’un autre âge : Elie Cohen se sert encore du … Minitel. “Croyez-le ou non, c’est plus rapide qu’Internet pour recevoir des extraits d’acte de naissance !”. Certes. Sur le terrain aussi, évidemment, la techno a pas mal transformé le métier. Philippe explique : “L’appareil photo de base, aujourd’hui numérique, est un outil précieux, mais je préfère utiliser le caméscope, plus pratique, et faire ensuite des captures d’images du film sur mon ordi. Le téléphone portable est indispensable pendant une planque pour se tenir au courant, et avec les smartphones, lors d’une filature, on peut se repérer sur iMaps !” Comme je le verrai bientôt sur le terrain, le côté geek du détective ne s’arrête pas à sa technophilie, mais s’étend aussi en mode jeux de rôles, avec un comportement très “Robocop” en cours de mission. Que la Force soit avec moi.

Leçon N°4 : Le privé prend des (vrais) risques

Planque, filature, contre-filature, ces mots très “folklores” font réellement partie du quotidien de nos enquêteurs. Et ce matin, je vais l’expérimenter comme il faut, puisque je dois rejoindre Philippe à l’agence pour une filature moto de femme adultère, direction l’exotique contrée de Marolles-en-Brie ! Evidemment, il fait 5 degrés et pleut sans discontinuer. Quand j’arrive au rendez-vous, mon coéquipier sourit : “Bravo ! Vu la météo, j’ai cru que vous ne viendriez pas …”. Blessée dans mon amour propre, je monte fièrement derrière lui sur la moto, mais sans le prévenir, ce qui manque de nous entraîner dans une chute pulvérisant sa jambe au passage. Chez les détectives, je demande la famille Inspecteur Gadget … Après une sympathique virée sur l’autoroute, nous posons la moto et faisons le tour de la maison repérée la veille par Philippe, afin de trouver l’endroit où “planquer”. Contrairement à la mission que j’effectuerai le lendemain, ici, pas de café où s’installer pour surveiller la porte : nous voilà en faction dans la rue, toujours sous la pluie … pendant deux bonnes heures. Je continue à faire la fière en mode “même pas mal”, et papote avec mon nouveau “collègue” : Untel s’est fait tabasser par sa “cible” qui l’avait “grillé”, telle autre épate les vieux briscards par sa résistance malgré sa jeunesse … J’en profite pour l’interroger sur les dangers du métier : “Bien sûr, ils existent, mais restent assez rares. En revanche, il faut vraiment aimer le terrain, et oublier les horaires : on ne sait jamais quand la journée finira, ni si on sera libre le week-end !” Soudain, le joyeux compagnon de planque se transforme en Terminator : les yeux durs, il me pousse derrière un muret et commence à marcher sans moi. La “cible” est sortie. Afin de ne prendre aucun risque d’être repérés (“détronchés”) à cause de mon inexpérience, nous avons préalablement décidé qu’il la filerait seul, tandis que je le suivrai à distance. Après une demi-heure de marche ponctuée de sprints (je me demande comment les privés des séries américaines faisaient avec leurs trois paquets de clopes par jour), nous arrivons dans un centre commercial où toutes les ruses sont nécessaires. Ca tombe bien : je sais très bien faire semblant de faire du shopping … Pour brouiller les pistes, je me “désilhouette”, retirant mon blouson et attachant mes cheveux. Au final, Philippe “logera” la cible chez son amant, la filmera au caméscope, et le client en aura pour son argent. Moi, j’aurais gagné un nouveau galon. Et un rhume, aussi.

Leçon N°5 : Le privé est un justicier

Mais au-delà du côté rude et froid du limier efficace, les enquêteurs de droit privé ont une facette moins évidente, et plus étonnante. Un cocktail de qualités psychologiques et d’aide aux clients en détresse … Parce qu’ils devinent qu’il n’est pas facile de venir raconter sa vie personnelle à un inconnu, ils savent généralement faire preuve d’écoute et de finesse, aidant leur client à se sentir en confiance. Ce qui leur permet aussi d’éviter les mauvais plans, comme le confirme Elie Cohen : “Avec un peu de psychologie, on s’épargne les malades mentaux qui atterrissent parfois chez nous !” Légèrement Robin des Bois, ils ne cherchent pas à vider les poches de leurs clients à tout prix : s’ils sentent qu’une (onéreuse) filature sur une semaine est inutile, la plupart d’entre eux le diront à leur client fauché. Mais attention, si le détective doit comprendre son client, il ne doit pas trop faire preuve d’empathie non plus : “On ne travaille pas dans le social, garder du recul permet de mieux travailler”, explique Christian Borniche. Détaché mais compréhensif, efficace et pétri de légalité, le détective serait-il un super justicier de l’ombre ? “Notre métier, c’est les preuves. Nous ne traitons que des affaires dont l’intérêt est légitime, et notre seul but est de réparer, afin de faire respecter la loi”. Wow. Cette semaine, en fait, j’étais un peu Catwoman.

EN PRATIQUE

- Définition :

“Recueillir, même sans faire état de sa qualité ni révéler l’objet de sa mission, des informations ou renseignements destinés à des tiers, en vue de la défense de leurs intérêts”.

- Tarifs :

Entre 90 et 135 € de l’heure, env. 800 € la journée (mais tout dépend du type de mission).

- Formation :

Agrément délivré par le CNAPS soumis à une enquête de bonne moralité, casier judiciaire vierge, formation à bac+2 à l’université Panthéon Assas Paris 2, Faculté de Nîmes ou à l’Institut de Formation des Agents de Recherche à Montpellier.

- Renseignements :

Centre d’informations sur les détectives privés, CNAPS

 

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L’avis du Journal Libération

Depuis près de vingt cinq années, Elie Cohen est détective privé entre Nogent-sur-Marne et Paris. Une profession à risques qui suscite interrogations et fantasmes. Entre stéréotypes et modernité, il raconte les hauts et les bas de ce métier.

Elie Cohen est un colosse. Assis derrière son bureau, il ne peut cacher son mètre quatre-vingt-dix et sa carrure de déménageur. Une voix rocailleuse, un bouc et une courte queue de cheval argentée complètent l’image de solidité qui se dégage. A côté de lui, un petit écran révèle en noir et blanc les moindres faits et gestes de l’entrée de l’immeuble. Au mur des reproductions de femmes peintes par Modigliani ou Kandinsky et des affiches de Sherlock Holmes (tiens…). L’atmosphère de la pièce est intime et chaleureuse. Les rideaux sont tirés. Sur le bureau s’entassent pêle-mêle des piles de papiers, une statue miniature de Sherlock Holmes (tiens, tiens…), un livre d’égyptologie et des boîtes aux insignes maçonniques. Par terre, deux bouteilles de whisky.

Impossible de ne pas le deviner, Elie Cohen est détective privé. Même s’il a «délaissé le terrain depuis quelque temps» son quotidien se résume toujours à des planques de plusieurs heures dans une voiture de location et des filatures. Ses dernières investigations portent sur une énième suspicion d’adultère, une recherche de parent biologique, ou une histoire d’escroquerie sur un héritage incriminant un couple falsificateur de testament, lui laveur de carreaux, elle femme de ménage. L’affaire sera portée en pénal, analyses graphologiques à l’appui.

Une profession à laquelle rien ne prédestinait vraiment cet ancien trésorier ? Au contraire. Pour la filiation : un illustre homonyme agent secret israélien, «la taupe de Damas», qui sera exécuté en Syrie en mai 1965. «Le côté police m’attirait beaucoup» admet ainsi celui qui plus jeune dévorait San Antonio, et devança son service militaire pour tenter de devenir inspecteur de police. Finalement, il entame une carrière dans la comptabilité, qui l’amène par hasard cette fois, à sa «première enquête» pour retrouver un mauvais payeur.

Elie Cohen se lance alors définitivement dans cette nouvelle carrière et ouvre vite une agence parisienne : un ancien local à vélo de 10 m2 qu’il occupe pendant 5 ans, et dans lequel il évite de recevoir ses clients. Bientôt, le détective se mue en chef d’entreprise, ouvre une nouvelle adresse, et emploie une dizaine d’employés. Cette réussite, il la doit sans doute à son magnétisme auprès de sa principale clientèle : les femmes en quête de divorce. Séducteur, il avoue sans détour son succès auprès des femmes, «mais jamais avec des clientes», et admet que «le côté rassurant permet de faciliter les contacts et de signer des contrats». Il confie facilement ses envies de cinéma et ses goûts pour Lanvin, Auteuil ou Marchal.

Pourtant la grande affaire de sa carrière, c’est dans un livre (Espion à tout prix, Elie Cohen, 122 p, 12 euros) qu’il la racontera. Victime d’un piège, alors qu’il enquêtait sur une «banale histoire de fesses», il relate tout ce qui est mis en oeuvre pour le faire passer pour un espion du Mossad : pressions et menaces d’abord, puis les valises de billets proposées pour le compromettre, le «sous-marin» de la DST planqué devant son bureau, et enfin la garde à vue dont un «frère» le fera sortir.

Cette affaire le marque longtemps et révèle ses fêlures. De cette période, il se souvient de la paranoïa, des caméras à l’intérieur même de son bureau pour se protéger en cas de manipulations, des «planques» au moindre son des sirènes, et de la crainte irrationnelle que ne ressorte le spectre d’un Solex «piqué 25 ans plus tôt à l’adolescence». L’homme au fond se révèle vulnérable, compatissant, psychologue même. «Je cherche d’abord à comprendre pourquoi et comment ils en sont arrivés là» explique-t-il à propos de ces personnes en difficultés dans leur vie de couple. «La première question que je pose c’est : tenez-vous encore à votre mari, êtes-vous prête à pardonner ?» Ressent-il de la culpabilité à photographier ces maris infidèles aux bras d’inconnues ? «Je me sens responsable de ce qui peut se passer après», évoquant le cas de cette cliente qu’il voit maigrir à chaque nouvelle preuve de tromperie. «Mais au fond, je suis là pour leur rendre service» se rassure-t-il. «Je fais ce métier pour le côté humain, sauver la veuve et l’orphelin» conclut-il. Un grand sensible on vous dit.

 

Pierre, Journal Libération

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Lire le roman d’Elie Cohen en cliquant sur le lien suivant :

« Espion à tout prix ou les Risques du Métier »

 

Sherlock Holmes des temps modernes par Julie L.

Détective privé depuis près de vingt cinq ans, Elie Cohen n’échappe pas aux affaires de couples adultères en quête de preuves. Mais il ne perd jamais de vue, au-delà de son rôle d’enquêteur, le côté humain de son métier.

Son obsession : passer inaperçu.

Et ce d’autant qu’il n’a pas un physique quelconque. Grand et large d’épaules, Elie Cohen, détective privé est plutôt imposant, impressionnant même. Mais sous sa barbe poivre et sel, il a le sourire facile.
Sur les vitres de son bureau parisien, meublé avec élégance, un autocollant de Sherlock Holmes fumant la pipe.
Le téléphone sonne en permanence : le détective privé prend des rendez-vous, ou guide d’autres détectives en filature. « Je suis toujours joignable, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 au 06 20 10 63 19. C’est un credo, ça fait partie du métier ».
Une disponibilité d’autant plus nécessaire qu’il dirige deux agences de détectives, une au centre de Paris et une à Nogent-sur-Marne, où il vit depuis une vingtaine d’années. « Mes horaires sont très flexibles et c’est parfois difficile de concilier ce métier avec ma vie de famille, même si je m’en sors plutôt bien. Je préfère être indépendant, je ne voudrais pas d’un patron. »

Indépendant, Elie Cohen ne l’a pas toujours été. Il a ouvert sa première agence de détectives il y a une vingtaine d’années seulement, après avoir été comptable pour une société fabriquant des caisses enregistreuses. Une reconversion, somme toute, pas si étrange que cela. « En tant que comptable, je devais aussi m’occuper des clients insolvables », explique-t-il. « Un jour, un client nous a fait un chèque en bois. Il nous devait beaucoup d’argent, et il a disparu du jour au lendemain. J’ai tout tenté pour le retrouver, j’ai interrogé des gens. Je me suis fait passer pour le gars de l’électricité auprès de sa concierge, pour savoir où il était allé. Finalement, non seulement je l’ai retrouvé, mais j’ai récupéré une partie de la somme qu’il nous devait. Mon patron m’a dit « Elie, tu as trouvé ta vocation ». Et l’argent que j’avais récupéré, il l’a investi dans ma première agence de détective. »

Depuis, ses affaires marchent plutôt bien, et Elie Cohen en est fier. Arrivé du Maroc à 13 ans, il n’a pas vraiment eu la chance de faire de longues études, hormis son brevet professionnel de comptable-dactylo. « Je me suis fait tout seul », répète-t-il souvent, « et je suis content que mes fils puissent faire des études. »

Gagner la confiance des clients

Chercher des indices et des preuves – et les trouver – semble être un jeu pour Elie Cohen. Et comme dans les bons romans policiers, la meilleure façon de parvenir à ses fins reste la filature, surtout pour les couples soupçonnés d’adultère.
De ces expériences, il tire de nombreuses anecdotes, qu’il raconte avec humour et détachement. « Je suis parfois rentré dans des boîtes un peu spéciales pour les besoins de l’enquête, surtout quand j’avais besoin de photos… C’est souvent assez gênant, sans être non plus totalement désagréable. Mais je ne participais pas, je vous rassure ! »

Admettre un inconnu dans sa vie intime n’est pas toujours chose facile pour ses clients, Elie Cohen le conçoit bien. « Quand mes clientes viennent – car ce sont le plus souvent des femmes qui font appel à mes services – j’essaye de les mettre à l’aise, de gagner leur confiance, d’autant plus qu’elles sont souvent en pleurs. En général, quand elles sortent de mon bureau, je sais tout d’elles. » Avant de commencer une enquête, il s’assure toujours que le client est déterminé à aller jusqu’au bout, prêt à être confronté à des vérités pas toujours faciles à entendre. Pour son ami Charles Dmytrus, détective privé comme lui, « Elie est quelqu’un de franc et calme. Il sait trouver les mots justes pour apporter du réconfort. »
Annoncer à un client que son conjoint le trompe est un exercice délicat, qui demande beaucoup de tact, mais aussi une certaine détermination. «Lorsque je sens que la personne est un peu fragile, je ne lui présente jamais les preuves directement. Je tente d’établir un contact, de discuter, et je ne lui donne les informations que par étapes».

Une morale à toute épreuve

Malgré tout, Elie Cohen ne se voit pas comme un « briseur de couples ». Bien au contraire, il pense que son travail peut permettre à ses clients de prendre un nouveau départ dans leur relation. « J’ai connu des couples qui filent de nouveau le parfait amour. Certains viennent même me remercier, des années après, de leur avoir ouvert les yeux ».
Cet aspect de « médiateur » lui plaît autant que l’aspect de simple enquêteur. Il n’hésite pas à donner des conseils conjugaux, à s’immiscer dans la psychologie du couple. Cela ne le gêne pas, « dans ce métier, il faut être un petit peu voyeur », ironise-t-il. Mais tout n’est pas non plus permis, malgré ce que les polars voudraient nous faire croire. Légalement, le détective ne doit enquêter que sur des couples légitimes, unis par un lien administratif ou vivant sous le même toit.
Sur ce point, Elie Cohen observe une ligne de conduite très stricte : il refuse les dossiers qui ne se conforment pas à cette règle. « C’est ma morale », confie-t-il. « Elie est quelqu’un d’honnête et droit. Son regard sur les choses est toujours empreint de sagesse et de retenue », ajoute son ami Charles Dmytrus. Cela lui permet d’éviter les dérives, et les affaires louches. « Un jour, une femme qui avait été une de mes clientes est carrément venue me voir pour me demander de faire assassiner son mari. Je suis tombé des nues », se souvient-il.
Un autre, qui n’a pas supporté que sa relation avec sa maîtresse soit découverte par Elie Cohen et annoncée à sa femme, a préféré se venger sur le détective. « Pour une banale histoire de fesses, il a tenté de me faire passer pour un espion du Mossad dont je suis l’homonyme, mais qui est décédé il y a presque 50 ans. Je me suis retrouvé poursuivi par les services secrets français. »

Une histoire digne d’un roman. Ce roman, Elie Cohen l’a d’ailleurs écrit et publié en 2006.

Julie L.

 

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